Interview exclusive d'Elizabeth Blackburn

Elizabeth Blackburn, lauréate du programme de L’Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Science, a reçu le prix Nobel 2009 de médecine ou physiologie, avec Carol Greider et Jack Szostak. Porte-parole de la campagne digitale #ChangeTheNumbers, elle a répondu aux questions de DiscovHER au sujet des résultats de l’étude visant à mettre en lumière les fausses idées reçues des européens sur les femmes dans la science.

Q : Quelle est votre première réaction face aux résultats de cette enquête européenne ?


Tout d’abord, je trouve qu’il est important que cette enquête ait été menée, car elle met à jour les statistiques sur les femmes dans la science, et fournit un bon aperçu de la situation.

La courbe horizontale évaluant le degré d’excellence des femmes (licence, master ou doctorat et recherche) se maintient au même niveau pendant les périodes critiques. Le fait de n’observer aucune baisse chez les femmes témoigne de leur excellence et démontre qu’elles sont aussi douées que les hommes. En effet, si ce n’était pas le cas, les statistiques pour les femmes durant ces périodes, qui correspondent à une évaluation minutieuse de leur excellence scientifique, auraient chuté. Dans les faits, on n’observe qu’une très faible baisse globale pendant cette période.


Q : Que ressentez-vous en lisant que 89 % des gens pensent que les femmes ont des aptitudes « pour tout sauf pour les sciences » ? Quelle est votre réaction lorsque vous lisez que 67 % d’entre eux pensent que c’est leur « manque de capacités » qui empêche les femmes de devenir des scientifiques de haut niveau ?


Malheureusement, la plupart des résultats de ce rapport ne m’ont pas surprise, sauf sur un point : les 89 % et 67 % des sondés qui pensent que les femmes n’ont pas les mêmes aptitudes pour la science que les hommes. Ça m’a choquée. Ce qui m’a également choquée, c’est le pourcentage élevé d’abandons au lycée et après la période de formation, même si j’avais conscience des tendances générales.


Q : Avez-vous le sentiment d’avoir dû vous battre plus qu’un homme afin d’être reconnue pour vos travaux ?


J’ai pu recevoir une bonne éducation et ai eu un enseignant qui m’a beaucoup soutenue à l’école. J’ai donc eu de la chance à ce niveau, mais je n’avais pas le sentiment d’être aussi écoutée que les hommes quand je participais à une discussion ou que j’évoquais une idée. En société, j’avais l’impression d’être un poisson hors de l’eau et qu’on me regardait de travers car j’étais une fille qui voulait travailler dans la science.


Q : Au début de votre vie professionnelle, avez-vous été confrontée à des comportements sexistes ou rencontré des collègues réticents à travailler avec une femme ?


Quand j’étais plus jeune, lors d’une conférence où je venais de présenter mes recherches, j’ai entendu un scientifique plus âgé remarquer que je m’y prenais « mal » dans ma quête d’une nouvelle activité enzymatique (qui s’est avérée être la télomérase, découverte pour laquelle j’ai gagné le prix Nobel). Je m’en souviens car cela m’avait contrariée. Je n’ai pas réagi car c’est une remarque que j’ai entendue par hasard alors qu’il parlait à un collègue. Eh bien, ce scientifique avait tort, puisque nous avons découvert la télomérase !


Q : Pour conclure, est-ce que vous ou vos collègues de sexe féminin avez rencontré des obstacles particuliers liés à votre sexe au cours de votre carrière ? Avez-vous des idées d’actions pour lutter contre les préjugés sexistes ?


Oui, j’ai remarqué que de nombreuses collègues sont vulnérables à ce genre de comportements. De plus, elles ont le sentiment de ne pas être valorisées ni respectées pour leurs contributions à la recherche au sein de leur académie d’origine.

Selon moi, nous devons continuer à insister sur ce sujet, à faire des vagues et à dénoncer sans attendre les préjugés et les a priori. Internet et les réseaux sociaux sont des armes nouvelles et puissantes pour ridiculiser ces comportements indésirables et injustes ! Mais il y en a d’autres. Il faut persister à démonter l’hypothèse erronée avançant que les femmes ne sont pas aussi douées que les hommes pour les sciences, et expliquer qu’elles vivent dans un univers rempli de préjugés (parfois inconscients) et d’a priori.

L’Oréal–UNESCO
Pour les Femmes et la Science

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