Vera Rubin : à la découverte de l’Univers

Le 25 avril dernier a eu lieu la Journée Internationale de l'Astronomie. À cette occasion, DiscovHER souhaite rendre hommage à la professeure Vera Rubin, une astronome qui figure parmi les plus éminents au monde et une femme qui, de l'avis général, aurait déjà dû recevoir un prix Nobel pour ses découvertes révolutionnaires.

S'il fallait décrire Vera Rubin en un mot, ce serait indépendante. C'est un mot qu'elle utilise souvent lorsqu'elle évoque les obstacles qu'elle a franchis pour pénétrer dans le monde scientifique en tant que femme à la fin des années 40. Dès le collège et le lycée, son sens de l'indépendance et le fait de savoir exactement ce qu'elle voulait lui ont permis d'assouvir sa passion pour des sujets qui étaient traditionnellement considérés comme "masculins".

 

Cette individualité et cette non-conformité allaient lui être utiles toute sa vie. Comme elle le dit elle-même, "presque personne" ne croyait à ses premières découvertes relatives à la vitesse des corps célestes et à leurs conséquences sur la preuve de l'existence de la matière noire. Ses idées ne seront acceptées que bien des années plus tard, mais Vera Rubin a aujourd'hui la satisfaction d'être surnommée "la doyenne de la matière noire"


"Vera, ne passe pas toute la nuit à regarder par la fenêtre" 


La fascination de la professeure pour les cieux commença à l'âge de 10 ans, lorsque sa famille déménagea de Philadelphie à Washington. La fenêtre de sa nouvelle chambre offrait une vue incomparable sur le ciel nocturne qui l'émerveillait. À tel point que ses parents, par ailleurs prompts à la soutenir, s'inquiétaient de son manque de sommeil.


Sa famille, à l'instar de la plupart des foyers de l'époque, souffrait des effets de la Grande Dépression. Bien que son père fût ingénieur électricien, l'argent manquait. Elle pouvait emprunter gratuitement des livres sur l'astronomie à la bibliothèque, mais il était hors de question d'avoir un télescope. Pleine de ressource, la jeune Vera Cooper, de son nom de jeune fille, n'allait pas laisser ces soucis pécuniaires l'empêcher d'en apprendre plus sur les étoiles. Elle commanda une lentille, la plaça sur un tube en carton, procéda à quelques réglages et, avec l'aide de son père, se fabriqua son propre télescope. C'était le début d'une carrière extraordinaire. 


Des modèles féminins


Durant son adolescence, Vera Cooper apprit qu'au moins une femme avait marqué l'histoire en tant qu'astronome respectée. Au 19e siècle, Maria Mitchell avait été une professeure d'astronomie reconnue de l'université de Vassar. Naturellement, Vera décida d'étudier à Vassar, mais sa famille n'avait pas les moyens de lui offrir cette institution prestigieuse et onéreuse. C’est donc tout aussi naturellement que la jeune et déterminée Vera décrocha une bourse. Lorsqu'elle décrit aujourd'hui les années passées à Vassar, une université alors exclusivement féminine, Vera Rubin évoque la stimulation intellectuelle, l'occasion de rencontrer des personnes issues de milieux différents et l'esprit d'encouragement qui poussait les femmes vers la réussite. Ses études supérieures, dans des universités et des spécialités majoritairement masculines, seraient une toute autre affaire.


Une épouse, une mère, une scientifique


Sans même avoir reçu une réponse de l'université de Princeton, qui n'a pas accepté de femmes avant 1975, Vera demanda à intégrer l'université de Cornell. Son fiancé, Bob Rubin, étudiait la physicochimie à Cornell et elle y fut acceptée en master. Outre le défi que constituait le fait d'être une femme dans le monde scientifique, Vera Rubin était devenue une épouse et allait bientôt devenir une mère, tout en étudiant pour obtenir son diplôme... et en présentant ses idées controversées sur le cosmos qui marqueraient sa carrière.


Sa famille revint à Washington, où elle prépara son doctorat à l'université de Georgetown. Mère de quatre enfants, elle suivait ses cours le soir tandis que son mari travaillait la journée. La professeure n'hésite pas à saluer le soutien de son mari, qui dînait dans la voiture tout en la conduisant à l'université, de même que celui de ses parents, qui s'occupaient des enfants chaque soir. Elle se dit "épuisée" à cette époque de sa vie, mais elle était si fascinée par ce domaine qu'elle "ne pouvait pas ne pas faire d'astronomie". La maternité, il faut le dire, était tout aussi importante pour elle. D'après elle, regarder un enfant grandir est la seule chose qui soit aussi passionnante que l'astronomie. Elle a d'ailleurs souvent déclaré que ses quatre enfants, tous titulaires d'un doctorat, étaient sa plus grande réussite. 


Une façon de travailler très personnelle 


Vera Rubin avait déjà présenté certaines observations auxquelles personne n'adhérait, mais c'est alors qu'elle enseignait à Georgetown qu'elle publia le papier le plus retentissant. Les scientifiques supposaient depuis longtemps que les objets d'une galaxie se déplaçaient plus lentement lorsqu'ils étaient éloignés du centre de la galaxie. Les observations de la professeure ne corroboraient pas cette théorie : les objets se déplaçaient à la même vitesse. Si tel était le cas, les galaxies auraient dû "se désintégrer" et "éclater"... mais elles demeuraient intactes. Puisque ses observations ne coïncidaient pas avec la théorie qui était alors acceptée, c'est qu'elle devait se tromper. Et l'on mit en cause son équipement.


Plusieurs années plus tard, elle intégra l'Institut Carnegie de Washington, réputé pour la précision de ses instruments, et elle observa le même phénomène. Les objets situés dans les galaxies se déplaçaient tous à la même vitesse, mais les galaxies n'explosaient pas. La seule explication était l'existence d'un type de matière qui ne suivait pas les comportements attendus, un type de matière qui avait une masse plus importante et une force gravitationnelle suffisante pour conserver les objets dans son orbite. D'autres scientifiques avaient déjà suggéré l'existence de la matière noire, mais sans apporter de preuves à leurs théories. Vera Rubin avait trouvé la preuve. Il devenait plus difficile de l'ignorer, mais nombre d'astronomes refusaient toujours d'admettre que les théories établies n'étaient plus valables.


Le travail de Vera Rubin, d'abord contesté, finit par s'imposer comme une découverte révolutionnaire. Curieusement, comme il convient pour cette femme qui va toujours à contre-courant, elle fait partie de la très faible minorité de scientifiques qui considère que ses observations ne fournissent pas la preuve de l'existence des trous noirs. Elle pense pour sa part que ses découvertes apportent la preuve partielle d'une théorie appelée MOND (Modified Newtonian Dynamics ou théorie de la dynamique newtonienne modifiée). Vera Rubin a l'habitude de n'en faire qu'à sa tête contre l'avis général, une façon de faire qu'elle recommande à tout un chacun. Dans un discours récemment tenu aux diplômés de l'American University, la scientifique de 86 ans a prodigué à son public un conseil plein de franchise et typique de Vera Rubin : 


Si vous souhaitez vraiment faire quelque chose et que vous pensez sincèrement que cela en vaut la peine, allez-y, faites-le. Ne laissez pas les autres, surtout les personnes plus âgées, vous énumérer toutes les raisons de ne pas le faire.
L’Oréal–UNESCO
Pour les Femmes et la Science

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