Une science sans stéréotype avec WAX Science

Un ton décalé et une envie de faire bouger les lignes : rencontre avec Aude Bernheim et Flora Vincent, deux jeunes scientifiques qui agissent pour combattre les stéréotypes qui entourent le secteur de la recherche.

DiscovHER - Avec le collectif Draw me why, vous êtes les gagnantes du concours de réalisation vidéo lancé par la commission européenne en 2012 pour encourager les filles à faire de la science. Racontez nous le concept de cette vidéo.

WAX Science - En commencant à travailler sur cette vidéo, nous avons eu deux fils rouges majeurs : partir de faits concrets qui montrent aussi bien la réalité des inégalités hommes-femmes que les impacts de ces inégalités sur la science et adopter une posture différente pour parler de ces sujets afin d'être entendu-e-s par un public pas forcément impliqué dans ces sujets. Le format doodle, le dynamisme de la vidéo font partie de cette façon décalée et ludique d'aborder le problème.



D/H - Suite à cette expérience, vous avez fondé WAX Science. Les stéréotypes ont ils encore la vie dure dans le milieu de la recherche scientifique ?

WS - La vidéo a très bien marché et a été fortement relayée grâce à différents média, notamment grâce à un article paru dans Le Monde. Cette approche a suscité de nombreuses réactions positives. C'est cette dynamique qui nous a poussées à vouloir créer un projet sur cette thématique, mais avec un regard différent. Nous avons alors fondé WAX Science. Le constat majeur à la base de l'association est que la science souffre de nombreux stéréotypes sur ses formations, ses métiers, ses débouchées, ses recrues. Pour le cas de la recherche scientifique, les idées reçues sont encore plus erronées car les jeunes ont souvent du mal à voir la finalité de certains travaux. Notre méthode pour dépasser ces stéréotypes liés à la science n'est pas tant de les "combattre", mais surtout de "promouvoir" une science sans stéréotype.



Pour atteindre ses objectifs, WAX se base sur l’interdisciplinarité, des collaborations fortes, une innovation permanente ainsi qu’un ton ludique et décalé qui transparaissent à travers nos différentes actions. Le site WAX est un site internet pour éveiller la curiosité, aller au delà des stéréotypes liés à la science, et pour cartographier les initiatives. Nous avons lancé une communauté de 1000 ambassadeurs WAX pour porter nos valeurs de et relayer les outils créés par l’association. Nous intervenons auprès de communautés variées (du lycée aux entreprises) pour diffuser les messages de WAX. WAX cherche également à réaliser des actions en complémentarité avec les initiatives existantes, proposer des outils de structuration du réseau et effectuer des projets en commun. Conférences, ateliers, spectacles, débats, WAX organise des évènements originaux pour remplir ses missions. Nous sommes enfin une association de recherche : pour faire prendre conscience des stéréotypes, WAX vise à améliorer l’état des connaissances par une approche quantitative et impliquant les citoyens.


D/H - Vous êtes toutes les deux chercheuses, pouvez-vous nous parler de vos sujets de recherche ? Comment conciliez-vous votre carrière de chercheuse avec votre engagement pour défendre une science sans stéréotype ?

Aude Bernheim - Dans mon travail de recherche je m'intéresse à la génétique des bactéries, plus particulièrement, je m'inscris dans un champs disciplinaire nouveau, la biologie de synthèse. Il s'agit de modifier l'ADN de mes bactéries préférées pour qu'elles accomplissent des tâches définies. Cela peut avoir des applications dans le domaine des biotechnologies ou permettre de mieux comprendre comment fonctionnent les systèmes vivants, ce qui est fondamental pour par exemple traiter certaines maladies. Ce qui me passionne dans mon travail c'est le mélange des disciplines. Je travaille aussi bien avec des outils de bioinformatique, que des concepts de design et d'ingénierie ou encore des expériences en laboratoire qui se rapprochent de recettes de cuisine.


Je concilie mon engagement associatif avec ce travail prenant de plusieurs manières. Tout d'abord, cela peut paraitre étonnant, mais j'emploie des concepts similaires dans ces deux aspects de ma vie : interdisciplinarité, créativité, pragmatisme. Un problème résolu dans WAX pourra me donner une solution pour un de mes problèmes de recherche. De même, c'est souvent quand on travaille sur autre chose que des idées neuves apparaissent. Beaucoup de mes réflexions sur l'association ont lieu pendant que je "coule mes boites" ce qui correspond à la tache basique en laboratoire. Enfin, dans certaines entreprises comme Google, les employés sont "obligés" de passer 20% de leur travail sur un projet personnel ayant pour but d'aider les autres, cela permet de retrouver de la motivation pour son travail, de développer de nouvelles compétences et de créer des projets innovants. WAX c'est mon 20% à moi. J'y apprends à gérer des projets, manager une équipe, transmettre des contenus, autant de compétences fondamentales dans la recherche. Enfin, partager ma passion auprès des autres m'a souvent permis de retrouver l'étincelle nécessaire à continuer mes travaux de recherche avec une grande curiosité et un plaisir immense.


Flora Vincent - Je viens de commencer ma thèse en écologie marine et travaille sur les échantillons de plankton prélevés par un bateau, parti faire le tour des océans pendant plus de 4 ans. En récoltant des données environnementales et en identifiant les organismes grâce à des marqueurs génétiques, on est aujourd'hui capable de mieux caractériser le milieu marin, d'anticiper ses changements et dans mon cas de découvrir de nouvelles espèces! Je me penche en particulier sur des petits organismes marins appelés les diatomées, qui produisent 25% de l'oxygène qu'on respire, et j'essaye de comprendre comment ils se répartissent et interagissent au sein du plankton. Ce qui m'excite au quotidien est de travailler avec des équipes du monde entier, sur un sujet si peu connu, en appliquant des techniques d'analyses très poussées à l'aide de statistiques, d'outils informatiques, et bien sûr de biologie.


J'ai énormément appris en me penchant sur la question des stéréotypes en science et en gérant une association. Déjà, à (très) bien m'organiser! Ensuite, à comprendre et aborder le sujet avec le plus de pragmatisme possible: trouver les sources, quantifier, étudier les textes, échanger avec les spécialistes, tout remettre en question et repartir. Comme Aude, je partage la conviction que les deux activités, professionnelles et associatives, se nourrissent de leurs points communs et différences. Mais en parlant d'auto-censure et d'idées reçues, j'ai commencé à les voir chez moi, chez les autres, dans mon labo. J'ai développé des techniques pour lancer la conversation sur ces sujets, et sensibiliser mon entourage en essayant de leur donner des outils de réflexion plus que d'exposer les miennes. J'essaye en permanence d'aborder la question dans ce que j'appelle des "niches différentes" pour m'exposer à de nouveaux points de vues. Force est de constater que dans le milieu de la recherche, de nombreux collègues finissent par revenir pour avoir plus d'informations. C'est gratifiant car on sent que ça a cogité, et d'accord ou pas d'accord, on a au moins pris le temps de se poser la question, démarche la plus importante dans la prise de conscience des stéréotypes.


D/H - Le projet "1000 Ambassadeurs" pour la science a débuté dans les établissements scolaires français. Quels sont vos conseils aux enseignants pour accompagner les lycéens qui s’intéressent aux filières scientifiques ?

WS - Le projet "1000 Ambassadeurs" vise à démultiplier les initiatives concrètes qui passent souvent inaperçues mais sont fondamentales pour lutter contre les stéréotypes. Ainsi nos ambassadeur-rice-s peuvent inscrire leurs actions dans 3 axes : diagnostiquer, communiquer et créer.

Nos conseils sont simples, la première étape consiste à repérer les stéréotypes. En en prenant conscience, on en évite déjà un certain nombre. Quand les lycéens sont intéressés par des filières scientifiques, on peut essayer de leur faire rencontrer des personnes exerçant des métiers scientifiques, de faire découvrir des frontières de la science (comme les liens arts et sciences) et surtout d'insister sur le fait que la science est ACCESSIBLE. Pas besoin d'être un(e) génie et de faire 10 ans d'études pour y arriver, et ces stéréotypes restent très présents chez les jeunes et notamment chez les jeunes femmes.



D/H - Un mot de conclusion?

AB - J'ai toujours hésité à faire des sciences, après le bac j'ai failli faire des études de lettres. Aujourd'hui, en parallèle de mes travaux de recherche, je travaille aussi sur des politiques publiques, de la communication scientifique, bref un peu de tout. Au contraire de ce que l'on croit, la science ne limite pas, l'apport scientifique est recherché partout, c'est donc un tremplin formidable pour les curieux !


FV - Ce qui a rendu l'aventure possible c'est aussi les 40 membres qui font vivre l'association et je les remercie sincèrement. La science est partout, et c'est aussi grâce à eux qu'on arrive à le faire savoir. Alors avec tout ça, What About Xperiencing Science?

L’Oréal–UNESCO
Pour les Femmes et la Science

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