Soapbox Science, la science descend dans la rue

S’inspirer du « Speaker’s corner » de Hyde Park pour faire parler de science sur les bords de la Tamise, c’est l’idée de Seirian Sumner et Nathalie Pettorelli, deux femmes scientifiques qui transforment chaque année Londres en forum scientifique de rue.

DiscovHER - Parlez-nous de Soapbox Science.

Soapbox Science - Soapbox Science est une initiative novatrice, d’émanation locale, qui vise à faire descendre la science dans la rue, pour la faire découvrir à tout un chacun, et en particulier à ceux qui n’auraient pas dans leur vie quotidienne d’autres occasions de s’y confronter. Les scientifiques de Soapbox sont des scientifiques en chair et en os, qui représentent la pointe avancée de la recherche scientifique. Ils montent dans des tribunes improvisées, placées dans des rues très fréquentées, et parlent aux passants de leur science. Ils font partager leur savoir, répondent aux questions du public et surtout communiquent leur passion et leur envie de faire avancer la science.


Soapbox n’est pas né d’hier. Pour tout dire, son histoire a plus de 200 ans. Son format s’inspire du Speaker’s Corner de Hyde Park, à Londres, tribune historique offerte à la libre expression et à la réforme politique d’initiative populaire. Le Speaker’s Corner a révolutionné la démocratie et la liberté d’expression dans le climat oppressif de l’Angleterre victorienne et a participé à l’instauration du régime démocratique que notre pays connaît aujourd’hui. Nos travaux scientifiques sont financés par les deniers publics et à ce titre, nous pensons que le public est en droit de connaître les travaux passionnants qu’il finance via l’impôt et d’avoir un contact direct avec les scientifiques qui les conduisent.


Fidèles à l’esprit du Speaker’s Corner de Londres, nous devons admettre que l’initiative Soapbox Science n’est pas sans visée politique. Il est aisé de constater que les femmes sont sous-représentées dans les disciplines scientifiques, a fortiori aux échelons les plus élevés. Soapbox entend changer cet état de fait, pour améliorer la visibilité et la perception des femmes dans la science. Depuis 2011, Soapbox Science a servi de vitrine à quelques-unes des scientifiques les plus éminentes du Royaume-Uni, au sommet de l'innovation scientifique. Sont par exemple montées à nos tribunes l’écologiste Georgina Mace, membre de la Royal Society de Londres (FRS), la physicienne Athene Donald (FRS) et la chimiste Lesley Yellowlees (FRS, première femme à présider la Royal Society of Chemistry). Notre initiative se veut donc une démarche directe, ancrée dans le réel, visant à renforcer la visibilité des femmes dans la science et alerter sur la disparité hommes/femmes qui caractérise actuellement la recherche en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques.


D/H - D’où est venue l’idée de ce projet et que nous réserve-t-il en 2014 ?

SS - Arrivées au milieu de notre carrière, nous avons toutes les deux constaté avec effarement que le nombre de nos homologues féminines se réduisaient comme peau de chagrin, même en biologie, qui est pourtant la discipline présentant le ratio hommes/ femmes le plus équilibré. Passé un certain nombre d’échelons, nous nous sommes retrouvées dans un monde à forte prépondérance masculine. Nous nous servons de Soapbox Science comme d’un moyen pour contester la culture dominante dans les milieux scientifiques actuels ; nous voulons qu’il devienne banal et parfaitement admissible qu’une jeune scientifique demande conseil sur la façon de percer le plafond de verre qui la guette. Soapbox Science agit sur plusieurs fronts : tout d’abord, nous érigeons en modèles des scientifiques britanniques en activité, incarnant pour le public une image accessible de la femme dans la science, à rebours des clichés habituels sur ce qu’est un scientifique.


En deuxième lieu, Soapbox contribue à la progression de carrière et à la valorisation du profil de ses oratrices. C’est tout particulièrement important aux premiers stades de la vie professionnelle des chercheuses, qui n’occupent encore que rarement des CDI, même aux alentours de 35 ans. Nos oratrices tiennent des blogs sur leurs travaux dans des journaux à tirage national et elles sont mises en avant lors de reportages sur notre initiative. Celle-ci est très bien relayée dans les médias, notamment à la BBC, dans The Guardian, Time Out, The Times (Eureka), Times Higher Education ou Le Nouvel Observateur. Nous recevons également de nombreuses marques d’intérêt de la part de la communauté scientifique, on a parlé de nous dans les revues Nature, Science et New Scientist. Enfin, notre format, décalé et sans fioriture, est une façon efficace, peu coûteuse et facilement transposable, de faire entendre la voix des femmes de sciences, de les rendre plus autonomes et de mettre en lumière la qualité de leurs travaux, tout en montrant, via un sujet controversé, qu’il est possible de concilier carrière scientifique et vie privée équilibrée.


2014 sera pour nous une année riche en événements. Nous organiserons notre 4ème rencontre annuelle à Londres, dans le quartier de Southbank, avec le soutien du programme L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science. En outre, nous donnons le coup d’envoi à de nouvelles manifestations dans différentes villes du Royaume-Uni et d'Irlande, dont Bristol, Dublin et Swansea. Ce changement d’échelle marquera le début de l’expansion de Soapbox Science et donnera aux femmes de tout le Royaume-Uni l’occasion de monter à la tribune pour faire connaître leurs travaux au monde entier. Cela permettra aussi d’élargir notre audience, qui était jusqu’ici limitée à la ville de Londres.


D/H - Vous vous êtes rencontrées dans le cadre du programme L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science. De quoi s’agit-il et qu’est-ce que cela vous a apporté ?

SS - En réalité, nous avions été collègues au sein de l’Institut de zoologie pendant plusieurs années. Mais le programme L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science a eu pour effet de nous réunir en faisant de nous, des ambassadrices des femmes dans la science.


Le programme poursuit ses activités à l’échelle internationale depuis plus de 16 ans et a été créé pour améliorer la représentation des femmes dans les disciplines scientifiques. Le programme a démarré au Royaume-Uni et en Irlande en 2007 (l’année où Seirian l’a remporté) et apporte aux femmes une aide concrète au niveau du post-doctorat. Quatre bourses de 15 000 livres sterling sont décernées chaque année. Le récipiendaire peut dépenser cet argent comme il l’entend, pour faire avancer ses recherches … achat d’équipements, participation à des colloques internationaux, déplacements sur le terrain ou frais de garde d’enfants.


Ce programme de bourse nous a énormément apporté à toutes les deux, pas seulement pour le financement de nos travaux et le lancement de Soapbox, mais aussi au regard de nos perspectives à long terme. Ces prix ont sans conteste servi notre progression de carrière.


D/H - Quelle aide Soapbox Science a-t-il reçu du programme ?

SS - Lorsque nous avons eu l’idée de Soapbox Science, nous ne savions pas très bien comment lui donner vie. L’équipe de L'Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science, partenaire de la première heure, s’est rapidement impliquée dans le projet. Nous avons travaillé ensemble pour développer l’initiative et L’Oréal a joué un rôle essentiel pour la faire connaître. Certaines des femmes qui sont montées sur nos tribunes font partie de L’Oréal et continuent à soutenir notre initiative à Southbank.


D/H - En quoi consiste votre travail de chercheuses ?

SS - Seirian : Je suis éco-éthologiste à l’Université de Bristol. En plus d’enseigner, je fais de la recherche fondamentale sur l’évolution et les comportements de sociabilité. Une question centrale qui se pose à la biologie moderne est celle des ressorts de la complexité dans l’évolution du vivant. La sociabilité, chez les insectes eusociaux, en est une excellente illustration. J’utilise une conjonction d’écologie de terrain et de génomique pour mettre au jour les ressorts du comportement social, en passant de l’échelle du gène à celle de l’individu et de la société.


SS - Nathalie : Je suis biologiste de la conservation au sein de l’Institut de zoologie de la Zoological Society of London. Je dirige l’équipe de monitoring environnemental et de modélisation en biologie de la conservation (Environmental Monitoring and Conservation Modelling), qui s’intéresse au développement d’outils et aux méthodes d’appui à la gestion durable des ressources naturelles. Mes propres travaux portent sur l’évaluation et la prévision de l’impact des transformations environnementales mondiales (en particulier le changement climatique), sur la biodiversité et les services rendus par les écosystèmes. Ma volonté de promouvoir une meilleure intégration des données satellitaires dans les programmes de monitoring mondiaux repose sur ma longue expérience de la télédétection et de son utilité en écologie et préservation de l’environnement.


D/H - Qui est votre source d’inspiration ?

SS - Nathalie : Je puise mon inspiration quotidienne dans mon travail plus que dans un modèle en particulier. Le travail scientifique et la recherche présentent tellement de facettes différentes, incarnées par de nombreuses figures héroïques du monde entier. Je peux puiser mon inspiration dans chacun des chercheurs et chercheuses que je rencontre.


Cette interview a été initialement publiée sur Laboratory News.

L’Oréal–UNESCO
Pour les Femmes et la Science

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