Parité hommes / femmes et approche sexuée : des atouts pour la recherche

Gloria Steinem, l’une des figures de proue du féminisme dans le monde, a récemment fêté ses 80 ans. Chercheuse, elle s’est d’abord fait connaître par ses études sur le genre, et lorsque je réfléchis à la sous-représentation des femmes dans la sphère scientifique, je retiens d’elle une formule au style pour le moins laconique :


« La vérité vous mènera à la liberté, mais auparavant, elle vous en fera baver. »

Quelle est la vérité sur les femmes et la science ? Et pourquoi devrait-elle nous contrarier à ce point ?


Les faits sur la carrière scientifique des femmes sont connus et les mécanismes menant à leur marginalisation dans les sciences de mieux en mieux compris.


Or si, au-delà de ces questions clés, nous examinons la façon dont sont posées les problématiques, dans la recherche, et le fait que très souvent les femmes soient exclues des objets d’étude, le tableau n’est pas très réjouissant.


L’angle que choisissent les scientifiques pour poser leurs problématiques et les méthodes qu’ils mettent en œuvre ont une incidence directe sur la validité de leurs conclusions. Or problématiques et méthodes font souvent peu de cas des femmes. Par conséquent, pourquoi tous les membres de la société devraient-ils financer des recherches qui n’ont de portée que pour la moitié d’entre nous ?


Pour illustrer le coût que peut engendrer ce biais sexuel, citons un rapport de la Cour des Comptes américaine (Governmental Accountability Office) qui nous apprend qu’entre 1997 et 2000: 


Sur dix médicaments retirés du marché américain « huit présentaient des risques plus élevés pour la santé des femmes que des hommes».


Je ne plaide pas simplement pour que les travaux scientifiques soient aussi menés dans l’intérêt des femmes. Lorsqu’en recherche, nous posons un problème dont la formulation fait place à la question du genre et du sexe, nous créons les conditions de production de travaux de meilleure qualité, dont les résultats auront une portée plus grande. Lors d’une conférence TED, David Page, le directeur du Whitehead Institute a défendu avec force éloquence l’idée selon laquelle l’absence de prise en compte du sexe dans l’étude des cellules compromettait gravement la validité des recherches menées sur de nombreuses maladies.



Mais il n’y a pas qu’en recherche médicale que la qualité et la portée des travaux scientifiques montrent leurs limites. On peut en trouver nombre d’excellents exemples sur le site Internet Gendered Innovations de l’Université de Stanford ou sur le site Internet de l’initiative genderSTE de l’Union européenne.


• Les concepteurs de ceintures de sécurité ne se sont pas demandés ce qu’il advient des femmes enceintes et de leur futur bébé en cas d’accidents de voiture. Et pour cause, 82 % des morts de fœtus ayant une cause connue sont provoquées par des accidents de voiture. Les crash tests utilisant des mannequins de femmes enceintes permettront la mise au point de ceintures offrant une meilleure protection à chacun d’entre nous, à commencer par les fœtus, filles ou garçons.


• Les végétariens ont une empreinte écologique bien plus faible que les carnivores. Or les femmes étant plus souvent végétariennes que les hommes, le fait d’appliquer un « filtre sexué » dans la recherche sur l’environnement permet de mieux rendre compte de la création et répartition des habitudes alimentaires et de leurs implications pour l’environnement.


La prise de conscience de l’importance de l’approche sexuée gagne du terrain dans le champ de la recherche.


• Le programme de recherche de la Commission européenne Horizon 2020 oblige tous les candidats à inclure une perspective sexuée dans leurs projets, comme le recommande notamment le Panel de directeurs scientifiques du projet GenSET (pour en savoir plus, rendez-vous au Gender Summit).


• La Fondation Gates ne finance que les travaux agronomiques qui prennent en compte les rôles des hommes et femmes, faisant valoir qu’on accentue la marginalisation des femmes en ne faisant pas une place explicite à leurs préoccupations et besoins dans la conception des programmes.


Outre les scientifiques et les bailleurs de fonds, les revues scientifiques relèvent elles aussi leur niveau d’exigence. De nombreuses revues, dont les prestigieuses PLoS, The Lancet et Nature, demandent désormais des renseignements détaillés sur la question du sexe dans les études proposées, avant même d’envisager leur publication.


Ces trois facteurs conjugués – perspective de travaux de meilleure qualité, exigences des bailleurs de fonds et politique des revues – donnent à la question du genre dans les sciences de plus en plus de relief.


Faire évoluer la nature des problématiques et méthodes de recherche peut aussi permettre de faire évoluer les milieux professionnels et d’attirer davantage de femmes vers les carrières scientifiques, ce qui permettrait de résoudre l’un des plus graves problèmes qui se posent. Pour que la carrière scientifique exerce le même attrait sur les deux sexes, nous devons clairement afficher notre attachement à une culture qui accorde la même place aux femmes et aux hommes. On peut notamment y parvenir en privilégiant des problématiques de recherche susceptibles d’avoir la même portée pour tout le monde.


Lorsque nous faisons progresser la prise de conscience et l’utilisation de méthodologies « sexuées » dans les questionnements scientifiques, nous admettons l’existence de différences fondées sur le sexe et le genre dans l’ensemble de nos objets d’étude. Cette reconnaissance est en elle-même un facteur d’inclusion.


Faute d’évolution culturelle, il faudra toujours déployer des mesures spectaculaires pour attirer les femmes vers les carrières scientifiques.


Si, en revanche, cette évolution se produit, il se pourrait qu’un jour la vérité nous sourit.


Curt Rice dirige le Comité de Norvège sur la parité hommes/femmes dans la recherche et participe à plusieurs projets internationaux sur la parité hommes/femmes et la prise en compte de la question du genre dans les sciences. Suivez le sur Twitter @curtrice et retrouvez ses articles sur curt-rice.com

L’Oréal–UNESCO
Pour les Femmes et la Science

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