Hedy Lamarr : femme de science et star de cinéma

Commençons par planter le décor :

Le Contexte : Hollywood, début des années 1940. La Seconde guerre mondiale fait rage.

L’héroïne : l’une des étoiles les plus brillantes du firmament du cinéma américain, alias « la plus belle femme du monde »

L’intrigue : cette ravissante célébrité décide de transformer sa maison en laboratoire de recherche et, à ses heures perdues, travaille fiévreusement à une découverte scientifique qui pourrait contribuer à la défaite des Nazis.


Coupez ! On arrête tout de suite. Les studios de l’époque auraient refusé tout net. Une femme de science, c’est tiré par les cheveux. Une belle femme s’occupant de science, qui se trouverait aussi être une star de cinéma, c’est tout simplement impensable.


Ne dit-on pas que la vérité dépasse la fiction ? Car cette petite fiction est en fait l’histoire vraie d’Hedy Lamarr. En son temps, Hedy était aussi célèbre que Katherine Hepburn ou Bette Davis et elle donnait la réplique à Clark Gable, James Stewart ou encore Spencer Tracey. Son nom s’étalait en lettres lumineuses sur les frontons des cinémas, de New York aux petites villes de province américaines. Son visage faisait la couverture d’un nombre incalculable de magazines. Sa cote de popularité affolait le box-office. Le public était insatiable.


« La plus belle femme du monde » était bien une scientifique à ses heures perdues et on ne peut vraiment pas dire qu’elle s’occupait de science « molle » : Hedy Lamarr travaillait à des technologies militaires. Résolue à aider les alliés à remporter la guerre, elle avait eu l’idée d’une torpille radioguidée impossible à détecter côté ennemi ; une découverte qu’elle baptisa « commutation de fréquences ».


Étincelante créativité


Si la créativité, scientifique ou de toute autre nature, consiste à découvrir des liens entre des choses apparemment sans aucun rapport, Hedy en avait à revendre. De façon assez étonnante, l’idée germa pour la première fois dans son esprit alors qu’elle visitait une exposition où figuraient 8 pianolas. Si deux pianos peuvent être « programmés » pour jouer exactement la même note au même moment, pourquoi un émetteur et un récepteur ne pourraient-ils être réglés pour sauter exactement à la même fréquence, rigoureusement à la même heure ? Avec l’aide de son ami compositeur George Antheil, Hedy installa une salle de travail dans sa maison, y plaça une planche à dessin qu’elle couvrit d’ouvrages d’ingénieurs et se mit au travail.


L’appel de la science plus fort que les mondanités


Une question ne manquera pas de se poser : mis à part le patriotisme, que chacun peut exprimer à bien moindres frais, qu’est-ce qui a pu pousser une actrice de la stature d’Hedy Lamarr à s’enfermer chez elle avec sa planche à dessin, alors qu’elle aurait pu s’afficher chaque soir dans les soirées glamour et les clubs en vue ? Selon son fils, Hedy aurait préféré le travail intellectuel à la vie nocturne. « Ma mère était d’une telle créativité… elle passait son temps à trouver des solutions. Si vous lui exposiez un problème, elle avait la solution ». Tout scientifique se reconnaîtra certainement dans les explications que donnera Hedy elle-même à ces activités secrètes : « de l’espoir et de la curiosité envers le futur. J’étais ainsi. L’inconnu exerçait en permanence sur moi un tel attrait… et c’est toujours le cas ».


Surgit une autre question : comment une actrice pouvait-elle en savoir assez long sur les torpilles et les fréquences radio, ne serait-ce que pour entamer de tels travaux ? Le hasard a voulu que son premier mari fût un riche négociant d’armes et Hedy était douée d’une intelligence pénétrante. Le mariage ne dura pas mais leurs conversations sur les armes et les technologies militaires firent leur chemin.


Une question de vie ou de mort


Et puis, finalement, Hedy avait une raison encore plus impérieuse que la plupart des Américains de se plonger dans l’étude de techniques pouvant concourir à la défaite des Allemands. Autrichienne de naissance, elle était juive et avait laissé sa famille et ses amis dans l’Europe de l’Occupation. Hitler devait être battu et il était hors de question qu’elle se tourne les pouces pendant que d’autres réglaient le problème.


Pas de happy-end


Elle travailla sans relâche et envoya finalement les plans de son « commutateur de fréquence » à l’armée américaine. Elle ne réclama pas un centime et leur céda tous les brevets. Jusqu’ici, l’histoire semble s’acheminer vers une issue glorieuse et triomphante. Hélas, il n’en fut rien. L’armée la remercia poliment et ne fit pas le moindre cas de ses idées. Son invention ne fut jamais prise au sérieux. Il était impensable pour la plupart des hommes de l’époque qu’une femme, a fortiori une star de cinéma, puisse avoir assez de jugeote pour mener une telle entreprise.


Ce n’est que bien des années plus tard qu’un autre eut l’idée d’une technologie similaire, qui allait devenir une composante essentielle du GPS, du wifi et de la téléphonie mobile. Et il faudra attendre 1997 pour que ses idées reçoivent une reconnaissance officielle et qu’on lui décerne plusieurs prix. Mais elle était déjà trop âgée et trop affaiblie pour assister aux cérémonies. Elle mourra seulement quelques années plus tard.


Talent gâché


Les militaires ne pouvaient pas faire abstraction de son corps de femme. Les idées d’un bel homme en vue auraient-elles été prises au sérieux ? Impossible à dire, mais la probabilité semble plus élevée. L’idée qu’un cerveau scientifique puisse se dissimuler derrière un beau visage d’homme aurait pu être un argument suffisant pour qu’on daigne au moins consacrer un instant à ses idées. Qu’un esprit brillant puisse se cacher derrière une chevelure brune chatoyante et des yeux verts aux longs cils … l’idée était décidément trop dérangeante pour l’époque.


L’Oréal–UNESCO
Pour les Femmes et la Science

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