Chien-Shiung Wu, « Première Dame de la physique »

La communauté scientifique l’appelait la « Marie Curie chinoise » ou encore « Première Dame de la physique » Chien-Shiung Wu (1912-1997) grande dame de la science a révolutionné notre perception de la structure de l’univers. Pourtant, elle demeure méconnue du grand public. Eût-elle été auréolée du prix Nobel qu’elle méritait aux yeux de beaucoup, nul doute que la physicienne aurait acquis la notoriété de son prédécesseur franco-polonais. Bien que la prestigieuse médaille suédoise lui ait échappé, la liste de ses réalisations, de ses prix, honneurs et autres premières historiques n’en demeure pas moins longue et honorable.

Une culture d’oppression des femmes


Chien-Shiung Wu est née à Luihe, en Chine, en 1912. A l’heure où elle n’en est encore qu’au stade d’un idéal à conquérir en Occident, la notion d’égalité des sexes est considérée comme un concept étranger, encore moins toléré en Chine qu’en Europe ou en Amérique du Nord. Ce n’est, en effet, que l’année de la naissance du Professeur Wu que la tradition des pieds bandés est interdite officiellement. Dans ce contexte, que Chien-Shiung Wu aille à l’école, qui plus est à l’université, est, plus qu’ailleurs, un fait exceptionnel.


Un soutien paternel


À l’instar de beaucoup de femmes pionnières dans la science, c’est à son père qu’elle doit d’avoir déjoué le destin. Homme éclairé et enseignant de métier à l’origine de la première école pour filles en Chine, il soutient sa fille dans ses ambitions, persuadé qu’elle peut faire aussi bien qu’un garçon. Ce n’est pas pour rien qu’il l’a appelée ainsi, Chien-Shiung, qui signifie « valeureux héros ». C’est en se formant elle-même, plus tard, au métier d’enseignant, qu’elle découvre sa passion pour la science. Craignant que ses études ne l’aient pas suffisamment préparée pour prétendre à un niveau universitaire en chimie, physique et mathématiques, elle est prête à renoncer. Son père réagit. Il se procure les manuels nécessaires et lui dit qu’elle est parfaitement capable de se présenter aux examens d’entrée. La science s’en félicite aujourd’hui : elle va suivre ses conseils et ainsi décrocher sa licence de physique à l’Université centrale nationale de Chine en 1934.


Le voyage de l’accomplissement


En 1936, le Professeur Wu s’expatrie loin de chez elle pour terminer ses études, sans se douter qu’elle ne reverra pas sa famille avant huit longues années. Initialement attendue à l’université américaine du Michigan pour y suivre son doctorat, elle atterrit en Californie où elle fait la connaissance du physicien et futur lauréat du prix Nobel Ernest Lawrence qui, en tant que membre de l’université de Californie à Berkeley, incite la talentueuse jeune femme à étudier sous sa direction. Deux événements majeurs vont survenir dans la vie du Professeur Wu durant cette période à Berkeley : l’obtention de son doctorat en 1940 et son mariage avec l’un de ses pairs, le scientifique Luke Yuan.


Première dans un contexte historique inédit


Les jeunes mariés partent pour la côte Est. Après avoir enseigné quelque temps dans une autre école, le Professeur Wu devient la première femme ayant le titre de professeure assistante à l’université de Princeton. Dès lors, elle sait qu’elle ne quittera pas les États-Unis avant longtemps. Le Japon vient de lancer une offensive contre la Chine, la guerre d’éclater en Europe, et l’Amérique ne tardera pas à prendre part au conflit. Comme d’autres exilés de l’époque, elle réalise que la seule chose qu’elle puisse faire pour sa famille et son pays est de se consacrer à la recherche afin d’aider, par ses travaux, à remporter la guerre. Ainsi se retrouve-t-elle à l’université de Columbia, où elle intègre un projet de recherche historique ultrasecret : le projet Manhattan. Des milliers de scientifiques parmi les plus éminents au monde sont alors mobilisés, dans des conditions de sécurité strictes et sous pression, pour mettre au point la bombe atomique avant les Nazis. Avec ce projet, Chien-Shiung Wu entre dans l’histoire. Elle est l’une des rares femmes chercheurs à y participer aux plus hauts échelons et probablement la première et seule scientifique chinoise de l’équipe.


L’inaccessible Nobel


Après la guerre, le Professeur Wu donne naissance à un garçon et peut enfin rendre visite à sa famille en Chine. Encore en poste à l’université de Columbia, elle devient l’un des pontes mondiaux d’une branche de la physique nucléaire : la désintégration bêta. Au début des années 50, elle entame une collaboration avec les chercheurs Chen Ning Yang et Tsung-Dao Lee. L’objectif est alors de réfuter une théorie de la physique encore considérée comme une loi de la nature par la plupart des scientifiques. Selon cette théorie dite de la « conservation de la parité », les particules à l’œuvre dans des réactions nucléaires ne sont vouées à se disperser dans aucune direction particulière. Le Dr Wu va prouver, expérimentalement, que dans certaines réactions subatomiques, les particules présentent précisément un biais dans leur mode de dispersion. Les fondements mêmes de la physique s’en trouvent ébranlés.


Chen Ning Yang et Tsung-Dao Lee reçoivent le prix Nobel en 1957. A la stupeur d’une grande partie de la communauté scientifique, Chien-Shiung Wu n’est pas associée aux deux lauréats. Première explication : ses travaux, de nature expérimentale, ont été jugés moins importants que ceux des théoriciens. Seconde explication, que beaucoup jugent plus probable, elle a été victime de sexisme.


Des femmes de science sources d’inspiration


Si Chien-Shiung Wu a pu exprimer sa déception en privé, elle ne dramatise pas l’affaire en public. Elle poursuit en écrivant un livre sur la désintégration bêta, qui restera la référence sur le sujet des décennies après sa publication. Elle fait d’autres découvertes, remporte de nombreux prix prestigieux et, en 1975, entre une fois de plus dans l’histoire en devenant la première femme à accéder à la présidence de la Société américaine de physique. Le professeur Wu prend sa retraite de l’enseignement en 1981, mais poursuit ses recherches sur un certain nombre de sujets, dont celui des changements moléculaires dans les cellules humaines induits par l’anémie falciforme. En 1991, elle est la première scientifique à donner son nom à un astéroïde de son vivant. Après sa disparition en 1997, Madame Wu laissera derrière elle un riche patrimoine pour la science et les femmes de science. Tout au long de sa retraite, elle aura mené un inlassable combat pour promouvoir les femmes dans les professions scientifiques. Interrogée un jour sur la difficulté de concilier vie de famille et carrière scientifique, elle fera cette réponse humoristique qui résume à la perfection sa dualité, entre réalisme pragmatique et passion dévorante : 

Il n'y a qu'une chose qui soit pire que de rentrer du labo pour trouver un évier rempli de vaisselle sale, c'est de ne pas avoir été au labo du tout ! 
L’Oréal–UNESCO
Pour les Femmes et la Science

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