Ada Lovelace, mère de la programmation informatique

La vie d’Ada Lovelace, connue pour être l’inventeur du premier programme informatique au monde, est pleine de contrastes. Aux yeux de sa mère, les femmes pouvaient avoir le même génie que les hommes, point de vue particulièrement avant-gardiste en 1815, année de sa naissance. Une modernité qui, curieusement, n’empêcha pas cette femme de nourrir quelques principes désuets qui susciteraient l’effroi des professionnels de la santé mentale de notre époque : plus d’un, aujourd’hui, la dénonceraient auprès des Services de protection de l’enfance pour maltraitance.

Un couple impossible


Augusta Ada King, Comtesse de Lovelace, est le fruit de l’union éphémère du célèbre poète britannique Lord Byron et de la brillante intellectuelle Annabella Milbanke, Baronne Byron. Un couple impossible unissant le roi du romantisme et de l’exaltation à la reine de la rationalité et de la méthode scientifique. En termes plus prosaïques que ces aristocrates victoriens n’auraient jamais employés, la mère d’Ada prend son mari pour un fou, au point de le congédier lorsque leur fille n’est encore qu’un nourrisson. Papa mis hors d’état de nuire, reste à Maman un autre problème à résoudre urgemment : faire en sorte que la petite Ada ne suive pas les traces de son illuminé de père.


Comment préserver la santé mentale d’un enfant


Convaincue que l’« état » de son époux est le fruit de ses emportements émotionnels et de son imagination débridée, la Baronne se met en devoir de réprimer chez sa fille ces penchants susceptibles de nuire à sa santé mentale. Par quel truchement ? Les sciences et les mathématiques, évidemment. L’idée est de lui en administrer dès le plus jeune âge et à forte dose, sous la houlette de certains des plus grands spécialistes d’Angleterre qui deviendront ses précepteurs. La discipline lui forgera un esprit rationnel. De surcroît, elle inhibera toute prédisposition à la folie dont elle aurait pu hériter, puisqu’il est bien connu que réprimer des sentiments plutôt que les exprimer est la meilleure façon de les neutraliser. Et puis, tandis qu’Ada sera occupée à apprendre l’algèbre et la géométrie avant l’âge où la plupart de ses congénères apprennent à lire, elle n’aura tout bonnement pas le temps de délirer. Surtout si elle ne fait pas de pause le week-end. À quoi bon perdre ses samedis et dimanche à jouer à la poupée ou quelque autre jeu, autant d’activités qui risqueraient de stimuler outre mesure son imagination, porte ouverte à la folie pour peu qu’elle tienne de son père.


Par chance pour la science, autant que pour le bien-être d’Ada elle-même, son jeune esprit malléable parvient à conjuguer rationnel et émotionnel, réflexion et sentiments profonds. Au fond, les étranges principes éducatifs de sa mère, que d’aucuns qualifieraient presque de cruels aujourd’hui, étaient peut-être dictés par l’amour et le souci de bien faire. Du moins façonnent-ils chez la jeune fille une grande intelligence, ainsi qu’une imagination aussi saine que fertile. Comme tous les enfants, Ada rêve de voler. Comme peu d’autres à l’âge de douze ans, elle met en application les principes de la physique qu’elle a appris pour concevoir une machine volante, avant de rendre compte de ses travaux dans une brochure illustrée.


Science + Imagination = Esprit Visionnaire


Ada poursuit ainsi ses études avec ses livres et ses précepteurs jusqu’en 1833. Elle a alors 18 ans lorsqu’elle fait la rencontre du célèbre mathématicien Charles Babbage lors d’une réception à Londres. Babbage a inventé une machine à calculer à activation manuelle, la « Machine à différences ». Ada, fascinée par la description de ce calculateur mécanique, est invitée à venir la découvrir chez lui. Les deux esprits mathématiques passeront les années suivantes à échanger leurs idées sur ces machines et leurs potentialités. Lorsque Babbage dévoile son invention suivante, la « Machine analytique », à laquelle une revue savante suisse consacre en 1842 un article en français, Ada en assure la traduction en anglais et y ajoute des annotations deux fois plus longues que la description originale.


Ce qu’Ada a compris et inclus dans ses notes, est que ces machines peuvent être programmées pour exécuter des calculs bien plus complexes que ce qu’avait imaginé Babbage. Postulant que la machine tisse des motifs algébriques, elle met au point un mécanisme perfectionné utilisant des cartes perforées pour augmenter sa capacité de résolution de problèmes. Le système d’Ada est désormais considéré comme le véritable ancêtre des programmes informatiques. Sans surprise, le monde doute qu’un cerveau féminin ait été capable d’un tel génie. Beaucoup se refusent à croire que Babbage ne soit pas l’unique auteur de l’article, bien qu’il affirme publiquement devoir à Ada certains des aspects les plus originaux et révolutionnaires de ses écrits. Reste à nous demander jusqu’où ce duo nous aurait menés sur la voie du progrès si Ada n’était pas tristement décédée d’un cancer de l’utérus quelques années plus tard, à l’âge de 36 ans.


L’imagination d’Ada, malgré tous les efforts déployés par sa mère pour la contenir, finira par la doter d’une ouverture d’esprit bien plus large que celle de nombre d’autres grands penseurs parmi ses contemporains. Elle a effectué ce que nous appellerions aujourd’hui un « bond conceptuel ». « Cette science constitue le langage par lequel, selon moi, nous pouvons exprimer précisément les grands faits du monde naturel », écrira-t-elle à Babbage. Ce que les générations ultérieures baptiseront la « science informatique » est aujourd’hui devenue un outil essentiel pour toutes les autres branches scientifiques. Sans elle, les grandes avancées des 60 dernières années, toutes disciplines confondues, n’auraient jamais pu voir le jour.

L’Oréal–UNESCO
Pour les Femmes et la Science

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